PV:
COUP DE GUEULE DU MEDIATEUR !
Avez vous déjà tenté, en toute
bonne foi, de contester un PV de stationnement ?
Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République
nommé en avril dernier, ne s'était
visiblement jamais lancé dans l'aventure.
Mais, après quelques mois passés
à tenter de résoudre les litiges entre
les citoyens et leur administration, il ne décolère
pas. « Je veux pousser un grand coup de gueule
contre un système de recouvrement des amendes
trop compliqué, pas assez juste et même
illégal dans certains cas », accuse-t-il
dans notre journal.
La liste des griefs, découverts à la
lecture de la centaine de lettres d'administrés
en colère reçues par ses services, est
si longue qu'elle a de quoi faire tousser :
impossibilité de protester une fois l'amende
payée, aucun recours contre les PV caniveaux,
ces amendes qui s'envolent du pare-brise et que l'on
voit arriver majorées dans sa boîte aux
lettres, ou encore mauvaise application des textes
par des tribunaux de police. Ainsi, quand un
contrevenant adresse une contestation, ses
arguments, même légitimes et motivés,
ne sont pas examinés et, au mépris de
la loi, il obtient le plus souvent comme seule réponse
un courrier le sommant de payer. « C'est surtout fréquent
dans les tribunaux surchargés par les procédures,
comme à Paris, explique l'ancien ministre de
la Fonction publique. Un arrêt de la Cour
européenne des droits de l'homme a pourtant
consacré le droit pour chaque contrevenant
à ce que sa cause soit contradictoirement
entendue par un tribunal. »
« Un pavé dans la mare »
Plus grave : un arrêt de la Cour de cassation,
daté du 12 mai 2004, interdit le recours
à une technique très prisée par
le fisc à l'encontre des mauvais payeurs :
l'avis à tiers détenteur, qui permet
de saisir les comptes ou de prélever
directement sur le salaire après une
condamnation. « Ce type de recouvrement n'est légal
que pour ceux qui ne paient pas leurs impôts
et non pour les amendes pénales, explique
Serge Petit, le magistrat qui a épluché
le dossier pour le médiateur. Le Trésor
public a fait un amalgame entre ces deux textes.
Mais les conséquences peuvent être
dramatiques : comptes et salaires bloqués
pour une amende originale de quelques dizaines
d'euros ! » Le coup de gueule du médiateur
contre le zèle administratif en fait un allié
inespéré des spécialistes du
droit routier.
Conseils pour vous défendre
Dès réception du PV,
un délai de quarante-cinq jours est accordé
pour contester l'amende. Il ne faut pas attendre la
fin de ce délai et laisser courir les rappels
(amende majorée, commandement de payer...)
pour envoyer une « requête en exonération
» à l'officier du ministère public du
tribunal de police du lieu de l'infraction
(l'adresse est indiquée sur le PV).
N'oubliez pas d'y joindre l'original de l'avis de
contravention. « Si l'on estime être victime
d'une amende abusive, il ne faut pas payer, sauf
dans le cas d'un excès de vitesse constaté
par un radar automatique qui prévoit le
versement d'une consignation de 135 € avant
contestation, sinon l'action publique est éteinte
et cela équivaut à reconnaître
la faute, explique Rémy JOSSEAUME,
juriste spécialisé en droit routier.
Il n'est pas non plus obligatoire d'envoyer la requête
en recommandé avec accusé de réception,
mais cela permet de conserver une preuve légale
face à un tribunal. » 2 Saisissez la
justice. Si l'on reçoit directement une
amende majorée dans sa boîte aux
lettres - parce que le PV sur le pare-brise s'est
envolé par exemple -, il ne faut pas hésiter
à saisir directement le tribunal de police,
en invoquant les articles 710 et 711 du Code de procédure
pénale, et réclamer son droit à
la défense. Même chose si, après
la première contestation, l'officier du
ministère public s'est contenté d'un
courrier type et n'a manifestement pas fait d'enquête
pour examiner la demande.