DES RADARS ILLEGAUX !
Des radars automatiques, on ne connaissait jusqu'à
présent que les effets sur le portefeuille des
conducteurs flashés en excès de vitesse
(2,1 millions d'infractions relevées depuis
octobre 2003) et sur le budget de l'Etat (86 millions
d'euros de recettes sur la même période).
Selon les chiffres de la toute première évaluation
du système, présentée hier par la Sécurité
routière, on sait désormais que les
cabines flasheuses ont aussi un impact bénéfique
sur la vitesse et la baisse du nombre d'accidents depuis
deux ans. « Nous observons une chute de plus de 85 %
des accidents sur les zones où sont installés
les radars, s'enthousiasme Rémy Heitz, délégué
interministériel à la Sécurité
routière, avec un taux de dépassement de
la vitesse limite, toujours au niveau des radars, extrêmement
faible et de l'ordre de seulement 0,3 %.
Il existe un rapport de cause à effet de 1 pour 4
entre vitesse et accidents. 1 % de vitesse en moins
entraîne une baisse de 4 % d'accidents. » Plus
globalement, sur l'ensemble du réseau routier, le
taux de dépassement des vitesses de plus de 10
km/h au-dessus de la limite est passé en 2004 de
35 à 20 % des automobilistes. « On peut estimer
que cette chute de la vitesse moyenne pèse pour
une moitié de celle du nombre des victimes l'année
dernière, avance de son côté Jean
Chapelon, secrétaire général de
l'Observatoire de sécurité routière.
Là où la vitesse a le plus baissé,
c'est là où l'on a enregistré la
baisse la plus importante des accidents mortels : près
de 50 % sur les autoroutes de liaison. »
Des failles juridiques
L'effet radar est donc bien réel, malgré
quelques couacs qui viennent toujours enrayer les
rouages du système phare de la politique
gouvernementale de sécurité routière.
Les « grands excès de vitesse », au-dessus de
50 km/h au-delà de la vitesse limite, ne représentent
que 0,5 % du total des infractions (soit 1 500 cas par
an environ) mais sont toujours aussi nombreux qu'avant.
Il existe également toujours autant d'infractions
non pénalisées : celles commises par les
conducteurs étrangers, faute d'accord avec les
pays voisins pour le partage des fichiers de cartes
grises, et par les motards, encore épargnés
par des cabines qui ne flashent, pour les deux tiers
d'entre elles, que les plaques d'immatriculation avant. Le
système doit également faire face aux
arguments de plus en plus aiguisés d'avocats spécialisés
qui parviennent à débusquer ses failles
juridiques au profit de leurs clients « radarisés
». « Le tribunal de police de Paris a reconnu mardi
qu'il n'était pas obligatoire, pour le propriétaire
d'un véhicule, de dénoncer le conducteur
flashé, mais de prouver simplement son
impossibilité à se trouver au volant au
moment de l'infraction, explique ainsi Rémy
JOSSEAUME, juriste spécialisé dans la défense
d'automobilistes. Cela veut dire que le meilleur moyen
100 % légal d'être exonéré de
toute sanction pénale et pécuniaire est de
mettre la carte grise du véhicule au nom d'un
proche qui n'a pas le permis ou, mieux, qui habite
à l'étranger... »
Deux cent quatre-vingt-sept radars - 160 fixes et 127
embarqués - sont aujourd'hui en fonctionnement.
Le calendrier d'installation en prévoyait plus de
500 à la fin de cette année. L'objectif du
gouvernement est d'en installer 1 000 d'ici au 31 décembre
2005.