Par Rémy JOSSEAUME

Docteur en Droit

SI VEUT LE MINISTRE … SI VEUT LA LOI ?

Après avoir fait état et commenté au cours d’une émission de TV le 22 octobre dernier, les péripéties d’un bachelier de 23 ans pour accéder à l’établissement public de la Défense (EPAD), le Ministre de l’Intérieur s’est fait l’écho des mesures à ne pas prendre en matière de sécurit routière.

Sur ce point, les autorités semblent (enfin) faire preuve de pragmatisme et tordre le cou à la démagogie ultra sécuritaire.

  1. Maintien de la vitesse à 130 km/h sur autoroute

Doit-on réduire la vitesse sur autoroute ? Et pour quelles raisons: écologiques ? Sécurité routière ?

Avec quelle conséquence: la délocalisation d'une partie des usagers de la route préférant délaisser la voie de circulation la moins accidentogène pour d’autres statistiquement plus dangereuses !

En effet, pourquoi l’usager s'acquitterait d'un péage onéreux avec des conditions de vitesse et de circulation plus frustrantes et donc plus contraignantes ?

A lire les discours et autres rapports rédigés par la même ligne de pensée, il "est communément admis" ou "tous les experts s'accordent" à dire que la baisse de la vitesse entraîne, telle une formule mathématique Pythagorienne ou une démonstration irréfragable, une baisse du nombre de décès sur les routes.

Ce discours renait au moment où des Parlementaires envisagent de ne plus faire perdre de points pour les micro-excès de vitesse.

 

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Or la sécurité routière n’est pas une science et ne répond à aucune règle mathématique.

Cependant, si une vérité doit être posée d’emblée c’est bien celle qui consiste à reconnaître que deux corps en mouvements irréguliers ont statistiquement plus de risque de se percuter que s’ils demeurent immobiles.

Sur ce seul point, la vitesse est statistiquement plus dangereuse bien que l’immobilisme peut se révéler tout aussi redoutable.

Mais peut-on objectivement et raisonnablement penser que la baisse de la vitesse a une incidence automatique sur le nombre de décès ? Si tel était le cas, a contrario, l’augmentation de la vitesse aurait un effet inverse.

Une loi de la sécurité routière décrétée comme scientifique l’est nécessairement dans les deux sens.

Etudions sans préjugé cette assertion ou démonstration scientifique qui gouverne et anime le discours de la pensée unique en matière de sécurité routière.

En premier lieu, notons que cette chronique aurait pu tout aussi bien s’intituler « 10 km/h = -20 % de morts sur la route » tant le discours des associations de victimes et de leurs experts autoproclamés en sécurité routière se confondent dans leurs chiffres et contradictions.

A prendre ce dernier chiffre, il suffirait alors de diviser la vitesse par plus de 5 pour ressusciter les morts. Finalement, les chiffres sont comme les gens. Si on les torture assez, on peut leurs faire dire n'importe quoi.

En second lieu, et plus sérieusement, en analysant les chiffres officiels de l’Observatoire national interministériel de sécurité routière, cette fameuse loi est contredite.

Prenons les chiffres suivants :

1998 : nombre de décès :        8.437 décès

2002 : nombre de décès :        7.242 décès

Evolution (1998-2002) :        - 14,17% de décès

Selon cette « loi » de la sécurité routière, pour atteindre une baisse de 14, 17 % la vitesse moyenne de circulation a donc nécessairement été réduite de 4 km/h.

Que disent les chiffres ? le contraire ! La vitesse moyenne de circulation a augmenté et le nombre de décès a pourtant diminué.

Enfin, et alors que la chute de l’insécurité routière en 2003 a été de 20 %, la vitesse moyenne de circulation a été stable.

Méditons.

 « Si les chiffres ne mentent pas, il arrive que les menteurs chiffrent » J. DUHAMEL 

         2.         Le droit d’utiliser le Kit mains libres en circulation

On rappellera que seule la détention en main d’un téléphone en circulation est prohibé par les textes. Sur ce point, il n'y a manifestement rien à redire, la manipulation en circulation d'un téléphone est assurément dangereuse.

Les associations de victimes et autres "experts" en sécurité routière réclament  l'interdiction du kit main libre prétextant d'un risque, qui reste à démontrer, de son utilisation par son conducteur.

L'association 40 Millions d'automobilistes par l'entremise de son délégué général a publiquement exprimé les positions suivantes.

Laurent HECQUET, Délégué général de 40 millions d'automobilistes, qui est favorable à la sensibilisation sur une bonne utilisation du téléphone au volant, explique sa position dans le journal L'EXPRESS.

Pourquoi êtes-vous contre l'interdiction du kit mains libres en situation de conduite?

Nous sommes contre l'interdiction du kit mains libres au nom du même principe de précaution qui prévalait pour l'interdiction du téléphone portable. Pour pouvoir proscrire le kit mains libres, il faudrait prouver la corrélation entre celui-ci et l'accident, or rien ne le prouve. On a eu les même débats sur les autoradios dans les voitures autrefois. Il faut vivre avec son temps. Il ne faut pas priver les gens d'un outil de communication moderne et rassurant quand il est bien utilisé, pour des coups de fil rapides par exemple. Nous sommes contre la répression.

Pourtant des études pointent un lien entre le kit mains libres et le nombre d'accidents. Qu'en pensez-vous?

En ce qui concerne l'étude du Conseil national de la sécurité routière (CNSR) selon laquelle l'accessoire augmente l'accidentologie, elle est fausse et nous l'avons démontré. Il faut que l'étude soit menée sans a priori idéologique, sans dogme. Il existe énormément de distractions au quotidien. Les études essayent de dire que tous ceux qui sont au téléphone au volant ont des conversations engageantes. Je n'ai jamais parlé avec mon banquier au téléphone en conduisant. Que fait-on alors d'une dispute entre deux conjoints au volant? Sans compter que la somnolence au volant peut-être responsable de plus de 1000 morts par an, qui s'en préoccupe? L'accumulation d'hypothèses ne constitue pas une preuve.

D'autres facteurs altèrent nécessairement l'attention du conducteur: l'écoute de la radio, la discussion avec son passager avant ou arrière (à travers le rétroviseur central), l'utilisation de la cibie et tout événement de la vie qui vont nécessairement le préoccuper psychologiquement ... doit-on aussi interdire ces pratiques ?

Contrairement à ce qui est prétendu par les "experts" de la sécurité routière l'utilisation du kit n'est pas tolérée .. elle est tout simplement légale !